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Son Excellence Monsieur Le président de la République Maître Abdoulaye WADE en présence du Ministre de la Culture Monsieur Amadou Tidiane Wane Accueillant Le Directeur de la Cie les Gueules Tapées pour le sénégal qui gagne

La Présidence soutient Les Gueules Tapées
 
29 mars 2006 3 29 /03 /mars /2006 02:25

Macodou Mbengue, directeur de la Compagnie Les Gueules Tapées : «Ceux qui sont payés pour réorganiser le secteur du théâtre cherchent des militants…»

Comédien doublé d’un metteur en scène, Macodou Mbengue diagnostique le théâtre sénégalais. Des difficultés de la création au Festival de théâtre pour la paix (Fest’Art) qu’il a initié, le directeur de la Compagnie Les Gueules Tapées survole le paysage théâtral avec des mots crus pour dénoncer les véritables acteurs de «cette mort précipitée» du secteur du quatrième art au Sénégal.

En tant qu’acteur actif du théâtre, pouvez-vous nous faire un tour d’horizon du théâtre sénégalais ?

C’est une situation un peu morose par rapport à ce qui se faisait. L’état actuel du théâtre au Sénégal est en déperdition. Les initiatives prises ne sont pas appuyées souvent sur le plan national. Et il y a une confusion qui se fait au niveau du théâtre. Souvent, on fait foule autour du théâtre, on ne fait pas la distinction entre théâtre professionnel et théâtre privé. Je sais que ça arrange certains de tout mettre dans un même panier parce que quand on parle de théâtre, les gens ne réfléchissent pas pour savoir de quoi il s’agit véritablement. Et je donne l’exemple des footballeurs qui est un exemple terre-à-terre. Quand on parle de foot, on sait qu’il y a des professionnels qui vivent de ce métier et qui font leur travail comme il faut. Ces gens-là, on ne les compare pas à ceux qui jouent aux navétanes. La différence, elle est nette et nous, nous avons un problème au niveau du théâtre. On confond les gens qui sont dans ce métier et qui font une activité annexe. Ils ont un travail en dehors du théâtre et peut-être le soir, quand ils reviennent, ils s’amusent avec le théâtre. Alors qu’il y a des gens qui ne vivent que de çà et qui ont été formés pendant des années à l’Ecole nationale des Arts (Ena). Mais aujourd’hui, on a comme l’impression que la confusion arrange les autorités de tout mettre dans le même panier parce qu’il est plus facile d’aider les gens qui sont dans l’amateurisme que de s’occuper du théâtre professionnel.

Quelles sont concrètement les difficultés du théâtre professionnellement parlant ?

Le théâtre n’est pas rentable. Cela est connu et dans tous les pays du monde, le théâtre est subventionné. Et dans tous les pays du monde il y a une politique théâtrale qui permet au secteur de se développer et de pouvoir survivre. Mais aujourd’hui, au Sénégal, quelle est la politique théâtrale ? C’est ça la question, car ce n’est pas à nous, acteurs culturels, de définir ce que c’est la politique. Nous, ce que nous pouvons faire, c’est exercer notre métier. Il y a des choses qui incombent aux autorités sinon le secteur ne pourra jamais se développer, c’est un problème fondamental. J’ai eu à donner des chiffres et des exemples. Ce que j’appelle la jeune génération du théâtre actuel, c’est une génération qui est née à partir de 1990. Parce que de 1980 à 1990, la Section art dramatique était carrément fermée. Après le départ de Senghor qui était un homme de culture et qui a initié une véritable politique culturelle, Abdou Diouf est venu au pouvoir et il avait des priorités par rapport au développement du pays. C’était la fameuse époque des ajustements structurels et la priorité était de développer le pays à travers d’autres secteurs. Donc la culture était marginalisée par rapport à cette époque : le Musée dynamique a été transformé en Cours de Cassation, la section art dramatique de l’Ecole des arts fermée. Et à un moment donné, sentant la nécessité d’assurer la relève, on a voulu redynamiser les choses. A Sorano, il n’y avait pas de relève. Et des professeurs de Théâtre se sont battus pour la réouverture de la section Art dramatique.

La marginalisation continue d’autant plus que la section arts dramatiques de l’Ena n’est plus fonctionnelle depuis 2001.

Quand la section a été réouverte, nous avons été les premiers à nous inscrire et je fais partie de cette première génération. Après la formation, des compagnies sont créées. Les Gueules Tapées, les 7 Kouss, le Zénith Art. Ces Compagnies, créées depuis 1996, sont en train de disparaître petit à petit. Et hormis Les Gueules Tapées qui survit, il reste des compagnies très boiteuses et Les 7 Kouss ont disparu.

Les Gueules Tapées ont survécu, car nous ne jouons pas ici au pays, c’est aussi simple que ça (rire). Nous essayons d’exporter nos créations parce que le pays ne nous propose rien. On n’a pas joué au Sénégal depuis trois à quatre ans et pourtant, on continue à se produire.

Un autre exemple aussi, c’est que depuis trois ans, dans le paysage théâtral, il n’y a pas une seule création. Il y a des réadaptations. C’est dramatique et j’ai essayé de faire des statistiques par rapport aux gens qui ont été formés au Conservatoire de 1990 à 2001. Ils sont nombreux à s’expatrier et le drame c’est qu’ils ne font plus le métier de théâtre, alors qu’ils ont été au Conservatoire pendant quatre ans. L’Etat a dépensé de l’argent pour les former et à leur sortie, ces jeunes partent vers d’autres horizons parce que chez eux, il n’y a pas de débouchés, il n’y a pas de retombées.

Lors de la Journée internationale du Théâtre, en 2005, l’ancien directeur de Cabinet du ministère de la Culture, à l’époque Mor Fall, avait promis la tenue d’un atelier pour la relance du théâtre. Où en êtes-vous actuellement ?

On attend que cette journée soit organisée. Mais jusqu’ici, on ne nous a pas proposé quelque chose.

Pour en revenir à votre festival, parlez-nous du Fest’Art ?

Le Fest’Art est né de la dynamique des compagnies privées. C’est toujours le théâtre privé, parce qu’à un moment donné, on était assez nombreux sur le paysage théâtral. Il y avait six à sept compagnies privées qui étaient nées de la réouverture de la Section art dramatique de l’Ecole des arts. Et la création était en train de proliférer à cette époque. C’était vraiment dynamique. En un moment donné, on a senti la nécessité de faire un pas en avant. Il ne s’agit pas simplement de faire des créations et de les interpréter au pays, ça ne sert à rien. Il faut aider les compagnies à s’expatrier, à jouer ailleurs, à montrer ce qu’ils sont en train de faire, mais aussi permettre aux autres Africains et aux autres de la diaspora de venir au Sénégal pour qu’on puisse mesurer l’état de l’avancement de la création au Sénégal. Et ça c’est important.

C’est la situation qui l’a imposé, car il fallait aussi progresser. On avait ouvert la Section art dramatique, on avait créé des compagnies. Mais il fallait aussi un pas supplémentaire en amenant des gens au Sénégal pour montrer à la population sénégalaise ce qui se fait ici comme ailleurs, mais aussi pour permettre aux jeunes troupes de se frotter avec d’autres qui viennent de l’extérieur. Sur le plan qualitatif, c’est un bond de cinq ans d’expérience parce que le festival permet de voir une trentaine ou une vingtaine de spectacles en 10 jours. Alors qu’on pourrait rester au Sénégal 10 ans durant sans voir ce nombre de spectacles. Un festival, c’est cela.

Plus haut, vous disiez que vous produisiez à l’étranger. Peut-on véritablement relancer de cette manière le théâtre au Sénégal ?

Bien sûr que çà pose un problème. Avez-vous la solution ? Moi je ne l’ai pas. (rire).

C’est à vous que je pose la question, car votre festival devait quand même participer à une meilleure connaissance du théâtre sénégalais ?

C’est un débat sur lequel je me suis appesanti depuis longtemps à la télévision. C’est que cela arrange les Sénégalais de rester devant la télé. Mais est-ce du théâtre, ce que les gens regardent à la télé ? C’est cela la vraie question. A mon avis, ce n’est pas du théâtre, car le théâtre, c’est quelque chose de vivant. C’est un spectacle vivant et quand il sort de ce cadre, ce n’est plus du théâtre. Il faut choisir de faire ou du théâtre ou du cinéma. Il faut faire la différence. Mais ce que les gens suivent tranquillement chez eux, à la télé, ce n’est pas du théâtre. C’est du cinéma au rabais. C’est ça le problème. Et c’est tellement mal fait que les gens qui ne connaissent pas le théâtre ont envie de l’apparenter à lui. Mais est-ce que les Sénégalais méritent çà ? Est-ce qu’ils ne méritent pas de voir quelque chose de bien fait ? Je suis sorti de l’Ena en 1995. Cela fait 10 ans que je me bats dans ce milieu-là et tous les gens avec lesquels je me battais sont tous partis parce qu’il n’y a rien ici.

Il faut une politique théâtrale et cela n’est pas de mon ressort, car je ne suis pas payé par l’Etat pour organiser le secteur du théâtre. Je le fais mais à mes propres frais. Mais en un moment donné, c’est sûr, je vais craquer et faire autre chose. Je suis artiste et je dois trouver un cadre favorable à l’expression de mon art. Il y a des gens qui sont payés pour le faire et qui ne font pas leur travail. Ils sont en train de faire de la politique pour mettre des gens derrière eux. Ils cherchent des foules, des militants politiques. Ils sont en train d’activer et d’attirer les foules au lieu de réfléchir concrètement sur l’état du secteur. Et d’ailleurs, le secteur du théâtre n’est pas leur souci. Ce qui les intéresse, c’est qu’à chaque fois qu’ils se déplacent, qu’il y ait foule derrière eux. Ces gens-là, c’est le ministère de la Culture que ça soit Safiatou Ndiaye Diop ou Mame Birame Diouf.

Certains disent qu’il n’y a pas de transparence dans la gestion du Fest’Art. Que les troupes sont uniquement convoquées pour jouer et qu’il y a un privilège accordé aux troupes étrangères. Que leur répondez-vous ?

Je suis prêt à discuter avec ceux qui le pensent ou le disent. Je suis un professionnel et il faut que les choses soient claires : je n’ai pas d’état d’âme et dans mon métier, je ne badine pas. Dès qu’on termine une édition du festival, la sélection pour la prochaine est automatiquement entamée. Le communiqué qui lance la sélection des compagnies est diffusé avec copie au ministère de la Culture qui le répercute à toues les régions du Sénégal, en plus d’une affiche à la direction des Arts. Mais maintenant, les compagnies qui ne répondent pas aux critères professionnels ne peuvent pas être sélectionnées et je l’assume. Moi, je ne travaille pas avec les amateurs, je demande un dossier de spectacle. Il y a dix compagnies sénégalaises qui participent au Festival. Donc ne me dites pas que je ne travaille pas avec les compagnies sénégalaises.

Bientôt le troisième Festival mondial des arts nègres (Fesman). Qu’attendez-vous concrètement de ce festival ?

Nous voulons que les choses bougent. Et je disais à quelqu’un que nous sommes en 2005. Le premier Festival mondial des arts nègres a eu lieu en 1966. Mais le Président Senghor a pensé le concept, 10 ans avant la manifestation et il a pris le temps de réfléchir et de donner un contenu à ce festival. Aujourd’hui, en 2006, c’est quoi la Renaissance africaine ? C’est là que se trouve le problème. Est-ce que le thème est d’actualité ? Est-ce que le concept est bien étudié ? Le Président Abdoulaye Wade a pensé revivre les événements de 1966 à travers ce Festival. C’est noble. Mais c’est aux hommes de Culture de réfléchir sur le concept par rapport au contexte actuel. C’est important. Est-ce que le concept est jusqu’à maintenant valable par rapport à ce qui se fait en 2005 ? Et maintenant, au-delà du concept, quel est le contenu de ce festival ? Je cherche à comprendre comme tout le monde, car je suis artiste et je suis interpellé même si les gens ne m’impliquent pas.

La culture, c’est mon métier, c’est ce que j’aime, c‘est ce qui me fait vivre. Donc je ne vais pas regarder des gens de passage mettre des bâtons dans les roues du secteur pour qu’il ne puisse plus se relever. Cela fait dix ans que je suis dans ce secteur et je n’ai jamais senti autant le danger qui plane sur le théâtre.

 

 Dossier publié dans le journal"le quotien le 28 mars 2006 à l'occasion de la célébration de la journée mondiale du Théâtre

 

 

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Festival International Théâtre pour la Paix - dans Le Festival
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